Les conséquences psychologiques du confinement 

 

Suis-je plus à risque de développer le trouble anxieux ou une dépression à cause du confinement? Quelles sont les mesures à prendre? Qu’en est-il de la prise en charge?

Vous êtes nombreux à vous poser ces questions. C’est pourquoi nous vous proposons quelques réponses basées sur l’expérience clinique et sur les recherches scientifiques.

 

conséquences du confinement représenté par une jeune femme triste regardant à travers une grille fermée--crédits pexels

Pour un grand nombre de patients souffrant de troubles somatiques ou psychiatriques le confinement du Covid-19 a provoqué l’augmentation de manifestations psychopathologiques. Ces troubles vont être aggravés par le deuxième confinement

Quelles sont les conséquences psychologiques du confinement ?

Depuis quelques jours  nous vivons soumis à des règles strictes du confinement. Certes, moins strictes que lors du premier confinement. Elles restes cependant délétères pour notre économie, pour nos liens sociaux et pour notre vie psychique.

Le premier confinement lié au coronavirus a provoqué déjà un retentissement psychique important. Ses conséquences auraient pu rester transitoires et s’atténuer progressivement. Mais maintenant que le trauma est répété, chez certaines personnes les conséquences peuvent s’installer de manière plus persistante.

Le confinement laisse-t-il les traces psychologiques invalidantes?

Les conséquences psychologiques du confinement sont variées

Cette longue période d’isolement forcé résonne comme un enfermement et en cela renvoie à un manque de liberté et à l’incapacité qui ont pu susciter un sentiment d’impuissance.

Même ceux qui n’ont pas été malades ou contagieux ont été contraints à rester confinés comme le sont par exemple les malades chroniques ou les prisonniers. Le confinement lié à l’épidémie a ralenti notre existence, nous a désocialisé et a restreint nos possibilités d’agir. La modification de nos modes de vie a provoqué la rupture des rythmes et horaires habituels. Or la routine a un effet structurant et contenant sur la psyché de l’homme.

Le ralentissement du rythme de vie peut s’avérer bénéfique pour ceux dont la situation professionnelle et économique n’est pas menacée et qui peuvent être confinés dans des bonnes conditions. Mais pour d’autres, cette situation singulière a mis à l’épreuve leurs capacités d’adaptation et ses conséquences peuvent être délétères.

La peur de la maladie véhiculée par les médias a été paralysante pour les personnes anxieuses.

Le confinement a provoqué différents troubles

Parmi ses conséquences il y a l’apparition ou la majoration de troubles anxieux ainsi qu’une surconsommation d’alcool et de médicaments psychotropes. Il peut également exister une perturbation de l’humeur caractérisée par de l’irritabilité et le sentiment de colère. Ces dernières poussent certaines personnes à des passages à l’acte. Nous avons observé une très forte augmentation des violences domestiques et des comportements à risques.

Troubles anxieux

L’insécurité réactive les angoisses et majore le risque d’apparition des troubles anxieux. Elle est induite aussi bien par la peur de l’infection que par les modalités du confinement. Certes, la crainte de contamination réactive l’angoisse de la mort.

Cependant, l’anxiété est suscitée également par la menace économique pour l’avenir.

Le manque de clarté des informations fournies tout au long de cette période par les autorités, le flux d’images et de paroles traumatisantes véhiculées par les médias mainstream favorisent la mise en lumière des fragilités psychiques.

Associé à un sentiment d’impuissance et de perte de contrôle de la situation, le confinement provoque un risque important d’apparition des symptômes anxieux pendant et après la période d’enfermement.

Des liens sociaux, amicaux et affectifs sont essentiels à notre équilibre psychique. La difficulté voire l’impossibilité pour certains de garder ces liens ne peut que fragiliser cette équilibre.

Voici quelques symptômes d’anxiété apparus pendant la période d’incertitude et d’isolement depuis le mois de mars 2020 :

  • une diminution des contacts avec les autres,
  • un évitement des rencontres et des espaces publics,
  • un absentéisme professionnel,
  • des sentiments négatifs : peur, méfiance, frustration, agressivité…
  • un état de nervosité,
  • des manifestations psychosomatiques,
  • et des troubles du sommeil.

Ces manifestations peuvent se chroniciser et provoquer un état dépressif voire un état de stress post-traumatique.

Trouble anxieux lié aux médias – « headline stress disorder »

Parmi les conséquences psychologiques du confinement se trouve également le trouble anxieux lié aux médias. Tout au long de la période de confinement, et depuis plusieurs mois, les médias ont été saturés par les sujets relatifs à l’épidémie. L’exposition constante à des informations concernant l’épidémie, telles que le nombre de décès ou la propagation de la maladie, peut majorer l’anxiété, d’autant plus que ces informations ont parfois été erronées ou contradictoires. Le trouble provoqué a été appelé « headline stress disorder ». Il se manifeste par une sensation de détresse ou d’anxiété, suite à la consultation de nombreuses informations.

Troubles du sommeil liés au confinement

Le bouleversement total de nos routines de vie, le manque d’activité physique durant la journée induits par le confinement, le manque d’interactions sociales ainsi que le stress induit par l’appréhension des conséquences économiques et professionnelles, entraînent chez un grand nombre de sujets des perturbations importantes des rythmes veille-sommeil et circadien et des troubles du sommeil. De plus, l’exposition à la lumière bleue des écrans tard le soir, peut avoir un impact délétère sur le sommeil.

Alors qu’une mauvaise qualité de sommeil pendant la nuit peut avoir des conséquences sur notre état psychologique. L’insomnie a des répercussions sur notre fonctionnement cognitif.  Elle provoque la fatigue voire une somnolence durne ainsi que des troubles de l’attention.  Elle peut également accélérer de troubles dépressifs, de troubles anxieux, ou encore de troubles addictifs. La réduction du temps de sommeil, peut d’une part rendre les sujets plus vulnérables aux infections virales et d’autre part, augmenter le risque de troubles psychiatriques et addictifs.

Le Réseau Morphée mène actuellement une enquête nationale sur des troubles du sommeil liés au confinement.

Risque de dépression et de suicide (immédiat et différé)

Une majoration des troubles dépressifs fait partie des conséquences psychologiques du confinement. D’une part, l’épidémie réactive la peur de la mort pour soi et pour ses proches, et d’autre part, le confinement nécessite les efforts de réadaptation considérables. Même si le confinement et la distanciation sociale sont perçus comme facteur de protection, ils bouleversent les repères et provoquent l’isolement et un sentiment d’impuissance. Lorsque le confinement perdure, l’ennui et le fait de ne plus être professionnellement et socialement valorisé viennent s’ajouter aux difficultés. La limitation de l’accès aux soins en psychiatrie peut contribuer à l’aggravation de la dépression.

Troubles du comportement alimentaire (TCA)

L’augmentation du stress, de l’anxiété, de la dépression pendant le confinement constituent un risque du développement, d’aggravation ou de rechute de troubles du comportement alimentaire (TCA) préexistants.

Nous avons assisté pendant le confinement à l’apparition chez certains sujets de restrictions alimentaires mais également à l’augmentation de crises d’hyperphagie. Chez certaines personnes la compensation de difficultés émotionnelles par l’alimentation a été très présente lors de cette période.

L’exposition accrue aux médias a pu être liée à l’exposition importante aux publicités alimentaires. Elle peut ainsi provoquer chez certains de compulsions alimentaires. Associés à la réduction d’activité physique, elles ont favorisé une prise de poids qui peut en conséquence susciter les restrictions alimentaires.  Ce schéma mène fréquemment à l’installation d’un cercle vicieux.

Enfin, les troubles du comportement alimentaire comme l’anorexie ou la boulimie sont facteur de risque majeur de formes sévères du covid.

Conduites addictives, violences conjugales et violences à l’égard des enfants sont aussi des conséquences psychologiques du confinement en période de Covid-19.

Le reconfinement – la fatigue de vivre

 

Mise à jour le 15 novembre 2020

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