Addiction et souffrance psychique

La théorisation proposée par Joyce McDougall nous aide à penser ce qui se dégage au travers les rencontres avec les patients addictés. L’addiction possède une signification et une utilité pour le sujet : « L’économie addictive vise la décharge rapide de toute tension psychique, que sa source soit extérieure ou intérieure.»[1]

Joyce McDougall lie les conduites addictives, à un défaut d’élaboration psychique dont la genèse se trouve dans les interactions précoces. Dans un environnement inadéquat, caractérisé par un manque de présence (par exemple une mère déprimée) ou par une présence étouffante, l’enfant, futur sujet addicté, ne parvient pas à intérioriser la fonction contenante de la mère. Il se tourne alors vers les objets externes ou les sensations afin de contenir le débordement par affect. Le sujet addicté vit comme intolérables certains états affectifs qu’il est incapable d’élaborer mentalement. Les difficultés de représentation et d’élaboration psychique déterminent la nécessité de passer par un objet extérieur. Il lutte par ses actes addictifs contre la douleur psychique à laquelle il est confronté. C’est donc l’échec d’introjection de la fonction contenante maternelle ainsi que l’investissement des objets externes et du sensoriel qui se substitue à l’objet, qui prédisposent le sujet à s’asservir au produit.

L’objet addictif reste toujours partiel, archaïque, indifférencié et asexué. Son caractère fétichique, prothétique le rapproche de l’objet de la perversion. L’objet d’addiction aurait un rôle défensif, celui de « l’objet transitoire », « tenant lieu d’objet transitionnel » défaillant et qu’il faut de ce fait remplacer continuellement car il ne parvient pas à symboliser l’objet d’amour.[2] En absence de l’objet interne, l’objet externe ne peut soulager la souffrance psychique que temporairement.

 Court-circuiter l’activité psychique

L’objet ou le comportement addictif est disponible à tout moment pour répondre au besoin que ressent le sujet de se débarrasser par la voie la plus courte de tout sentiment. Tristesse, angoisse, désespoir mais aussi affectes positifs lorsque leur intensité dépasse la capacité d’élaboration psychique du sujet, se trouvent écartés de la mentalisation. Ils sont rejetés hors psyché par un « acte-symptôme », qui constitue une décharge dans l’agir, court-circuitant l’activité psychique dans des situations anxiogènes, chaque fois que l’équilibre narcissique du sujet est menacé. J. McDougall met en évidence l’effet d’épargne du travail psychique de ces « acte-symptômes » qui impliquent un échec de l’introjection ainsi qu’une carence d’élaboration psychique et un défaut de symbolisation. A partir de la découverte de cette « solution rapide », le recours à l’objet ou au comportement addictif devient compulsif et entraîne la dépendance. L’addiction « apparaît comme tentative de se soigner, une autoguérison face aux douleurs mentales et aux blessures narcissiques que nul ne peut éluder », une réponse au conflit psychique et à la douleur morale ».  Elle intervient comme une protection contre l’effondrement psychique.

[1] McDougall, J. «L’économie psychique de l’addiction», in Vladimir Marinov Anorexie, addictions et fragilités narcissiques, Paris, PUF, 2001, p 12

[2] McDougall, J.Théâtre du Je, Paris, Gallimard 1982, p. 16

Call Now Button