La dépendance au jeu de hasard et d’argent

 

La dépendance au jeux de hasard et d’argent est une addiction comportementale au même titre que les achats compulsifs ou addiction au sport.

Dans son roman autobiographique « Le Joueur » dont l’action se passe à Roulettenbourg, Fiodor Dostoïevski décrit les mécanismes en jeu dans l’addiction au jeu.

Il décrit précisément la différence entre un jeu récréatif et la passion maladive du jeu. Dans le cadre d’un jeu récréatif le joueur « peut risquer cinq ou dix louis d’or, rarement plus ; il peut aller jusqu’à mille franc s’il est très riche, mais c’est uniquement par jeu, pour s’amuser, uniquement pour suivre le processus du gain ou de la perte; il ne s’intéresse pas du tout au fait même de gagner. […]  En un mot, il ne considère toutes ces tables de jeu, à la roulette ou au trente et quarante, que comme un divertissement organisé pour son seul plaisir.

L’auteur, lui même aux prises avec l’addiction au jeu, montre comment le raisonnement logique cède place aux distorsions cognitives chez un joueur dépendant. Il décrit ces distorsions cognitives intenses qui soutiennent le comportement du jeu addictif du joueur. Ces croyances erronées consistent à surestimer la probabilité de gagner ce qui le fait prendre des décisions risquées. Son héro a « la certitude de gagner infailliblement », il déclare « je n’ai presque plus d’espoirs qu’en la roulette ». Cette illusion de contrôle lui fait surestimer la probabilité de gagner et lui fait prendre des décisions risquées : « une sensation étrange a pris naissance en moi: une envie de provoquer le destin, de lui donner une chiquenaude, de lui tirer la langue » qui conduisent à des prises de risque et « j’ai tout perdu jusqu’au dernier sous et en fort peu de temps. »

La passion de jeu analysée par Dostoïevski dans son roman a été étudiée par les chercheurs cognitivistes qui ont confirmé que les  erreurs de logique provoquent l’émergence  de comportements  et d’émotions inadaptés. Les joueurs ont souvent des croyances erronées en une capacité à contrôler le jeu (illusion de contrôle) et à prédire le résultat, « certitude de gagner infailliblement décrite par Dostoïevski,  dont le héro dit « n’avoir plus d’espoir qu’en la roulette », sa « seule planche de salut ».

Dostoïevski décrit l’attente passionnée des joueurs : « j’étais moi-même au plus haut degré possédé par le désir de gagner »ainsi que leur impossibilité à ne pas recommencer malgré la certitude de finir par perdre.

Il exprime la perte d’estime de soi provoqué par les pertes subies au jeu :

« J’ai tout perdu et en fort peu de temps. J’ai d’abord mis vingt frédérics sur pair et j’ai gagné ; je les ai remis et ai gagné encore ; ainsi deux ou trois fois. Je crois que la somme que j’avais en main est montée à quatre cents frédérics en quelques cinq minutes. à ce moment-là j’aurais dû partir, mais une sensation étrange a pris naissance en moi : une envie de provoquer le destin, de lui donner une chiquenaude, de lui tirer la langue. J’ai risqué la plus grosse mise autorisée et j’ai perdu. Ensuite,m’échauffant, j’ai sorti tout ce qui me restait, j’ai placé comme la fois précédente et j’ai de nouveau perdu ; alors j’ai quitté la table, abasourdi. Je ne comprenais même pas ce qui m’était arrivé. » « Il y a quelque chose de dégradant d’être venu pour rien et à s’en aller encore plus pauvre qu’on n’était venu. »

[…] tout me parut sale, moralement sale et abject ».  Tout ce cortège de difficultés provoquées par le jeu entraîne une perte d’estime de soi, la baisse de morale pouvant aller jusqu’à la dépression et aux tentatives de suicide. Il est également démontré que le jeu constitue une tentative de lutte contre  les sentiments dépressifs. On risque ainsi l’installation d’un cercle vicieux.